Dans le Lot-et-Garonne, un artisan passionné façonne des batteries artisanales : « Nous sommes de véritables sculpteurs du son »

Dans le Lot-et-Garonne, un artisan passionné façonne des batteries artisanales : « Nous sommes de véritables sculpteurs du son »

À Agnac, dans le Lot-et-Garonne, Nicolas Denjean façonne des instruments d’exception. Cet ancien menuisier, devenu facteur de batteries artisanales, transforme le bois massif en fûts de batterie haut de gamme. Sa marque, Beartone, séduit déjà des batteurs professionnels. Rencontre avec un artisan qui se définit comme un « sculpteur du son ».

Des chantiers de menuiserie à la fabrication de batteries artisanales

Le parcours de Nicolas Denjean n’a rien de linéaire. Pendant des années, il travaille comme menuisier dans le bâtiment, puis dans la construction navale, en Vendée et à Bordeaux. Les journées sont longues, physiques. Son dos finit par lâcher. Une opération s’impose. C’est à ce moment charnière qu’il perd son père, batteur amateur surnommé « Nounours » sur scène.

« Ça a été l’élément déclencheur », confie-t-il. De ce deuil naît une promesse : fabriquer de ses mains une caisse claire pour son père. Fort de son expérience en assemblage de coques de bateaux en bois massif, il se lance. « J’avais toutes les capacités pour fabriquer des fûts », explique l’artisan. Un savoir-faire proche de celui du facteur d’instruments.

Beartone, une marque née d’un deuil et d’une promesse

En 2020, la marque Beartone voit le jour. Nicolas Denjean passe ensuite deux années à prototyper, sans vendre un seul instrument. Il se forme seul à ce métier rare. Combien sont-ils en France à fabriquer des batteries artisanales ? « Il y en a une dizaine, je pense », estime-t-il. Un chiffre qui en dit long sur la rareté de cette activité.

Le nom Beartone rend hommage à son père et à ses origines audoises, terre de réintroduction de l’ours dans les Pyrénées. « L’ours, ça dégage la puissance d’un animal. » L’artisan compare sa démarche à celle de Ferrari et de son cheval cabré. Beartone, en anglais, porte aussi une ambition : l’international. Un clin d’œil aux origines de ce facteur d’instruments de musique installé en Lot-et-Garonne.

« Il faut être un peu fou pour se lancer face aux grandes marques industrielles. »

Nicolas Denjean ne cache pas la difficulté. Les grandes marques de batteries dominent le marché depuis des décennies. Pourtant, il insiste : « Il faut surtout que tout soit parfait, pour prouver qu’on est capable de faire des produits qui sonnent, qui résistent, qui soient jolis. »

https://www.youtube.com/watch?v=m0ogcphcgXs

Dans l’atelier d’Agnac : le bois massif travaillé à la main

Chaque instrument commence par un tronc. Nicolas Denjean va lui-même chercher ses arbres chez des particuliers. Noyer, érable, acacia, cerisier : toutes ces essences se retrouvent dans son atelier. Il les scie, les laisse sécher, puis les transforme en douves assemblées à la main. Une fabrication en bois massif quasiment sans colle.

Ce procédé donne aux instruments une identité sonore reconnaissable. « On est un peu des sculpteurs du son », résume l’artisan. En effet, chaque fût est unique. La densité du bois, l’épaisseur des douves, le travail de finition : tous ces détails influencent le timbre et la projection du son.

Les essences de bois privilégiées pour un son unique

  • 🌰 Noyer : un médium chaud, idéal pour le rock et le funk
  • 🍁 Érable : une attaque franche et une grande clarté
  • 🌳 Acacia : une richesse harmonique surprenante, des aigus brillants
  • 🌸 Cerisier : une rondeur douce, parfaite pour le jazz

Chaque caisse claire demande environ 35 heures de travail. Un kit complet, lui, nécessite jusqu’à 50 heures. Sans compter les mois de séchage entre les collages. L’artisan prévient d’ailleurs ses clients : « Pour un kit complet, il va y avoir un an d’attente. » Les délais sont assumés.

Des batteurs professionnels conquis par le savoir-faire local

La réputation de Beartone dépasse déjà les frontières du Lot-et-Garonne. Jérémy Stevez, batteur du groupe hommage à Jean-Jacques Goldman, tourne dans les zéniths de France avec une caisse claire Beartone. Jean-Philippe Fanfant, batteur de The Voice, en possède aussi une. Pourtant, ce dernier était déjà sponsorisé par une autre marque. Il a été conquis par la qualité du son.

Les prix de ces instruments de musique artisanaux vont de 1 100 à 5 000 euros selon les modèles. Des tarifs élevés, mais justifiés par la qualité des matériaux et le temps de travail. Les créations de Nicolas Denjean circulent aussi sur les réseaux sociaux. L’artisan filme son quotidien devant plusieurs milliers d’abonnés.

L’ambition internationale de l’artisan lot-et-garonnais

Le facteur d’instruments ne compte pas s’arrêter là. « J’ai l’ambition d’aller à l’international », affirme-t-il. Les commandes viennent déjà de Belgique, de Suisse et même du Canada. Son rêve : faire résonner le savoir-faire lot-et-garonnais bien au-delà des frontières.

À terme, Nicolas Denjean imagine une véritable boutique Beartone. Un lieu où les musiciens pourraient essayer les batteries, discuter des essences de bois et commander un instrument sur mesure. En attendant, il continue de peaufiner sa technique dans son atelier. « Le jour où je percerai comme il faut, je me fabriquerai un centre d’usinage plus grand », glisse-t-il dans un sourire.

Une chose est sûre : dans le Lot-et-Garonne, la passion de cet artisan n’a pas fini de faire du bruit. Entre musique, bois et transmission, Beartone incarne tout un pan de l’artisanat local en pleine renaissance.

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