Meurthe-et-Moselle. Rachel Bourgatte pose du carrelage depuis 15 ans. Cette artisan de 54 ans, installée à Serres, a transformé un licenciement économique en une véritable passion pour le travail manuel. Dans un secteur où les femmes restent rares, elle trace sa voie, seule sur ses chantiers, avec une exigence précise.
De la reconversion au CAP carrelage : une nouvelle vie professionnelle dans l’artisanat
Rachel Bourgatte ne s’est pas dirigée vers la pose de carrelage par hasard. Après un licenciement économique, elle gère alors un magasin de jeux vidéo. Son organisme de formation lui propose deux options : plaquiste ou carreleur. Elle n’hésite pas longtemps.
« Je voulais un métier où les filles sont peu représentées. Je suis un peu garçon manqué et je suis une manuelle », explique-t-elle. Cette habitante de Serres, dans le Meurthe-et-Moselle, passe un CAP carrelage avec l’AFPA de Golbey. Elle valide son diplôme et travaille d’abord en société.
Son parcours illustre une réalité : la reconversion professionnelle peut ouvrir des portes insoupçonnées. En France, les métiers de l’artisanat manquent de main-d’œuvre. Les femmes y trouvent une place grandissante, surtout dans les zones rurales.
Pour Rachel, le choix du carrelage n’est pas anodin. Ce métier exige de la précision, de la rigueur et une bonne condition physique. Elle s’y épanouit depuis 15 ans.
Le statut d’auto-entrepreneuse : une indépendance choisie
Après plusieurs années en entreprise, Rachel Bourgatte se met à son compte. Elle crée son activité d’auto-entrepreneuse en carrelage. « Une des rares en France », précise-t-elle. Cette indépendance lui permet de gérer ses chantiers à sa façon, sans intermédiaire.
Son compagnon joue un rôle clé dans cette aventure. « Mon compagnon m’a soutenu et m’aide. Il fait mon secrétariat pour les devis », confie-t-elle. Une organisation qui lui laisse le temps de se concentrer sur l’essentiel : la qualité de la pose.
Cette indépendance a un prix. Il faut se faire connaître, rassurer les clients, prouver sa compétence. Rachel s’impose grâce à son travail et à son regard sur les finitions.
Les gestes du métier : entre technique et passion du beau travail
La pose de carrelage est un métier exigeant. Rachel intervient sur tous types de supports : sols, murs, escaliers. Elle travaille en général seule sur ses chantiers. « Je refais les supports avant de carreler. J’effectue ragréage et plus rarement panneaux de compensation pour les murs », détaille-t-elle.
Cette préparation est essentielle pour garantir un résultat impeccable. Un support mal préparé fragilise la pose et compromet l’ensemble. Rachel le sait et prend le temps nécessaire.
Les étapes clés d’une pose réussie :
- 🛠️ Vérifier l’état du support et le ragréer
- 📏 Tracer les axes et définir l’implantation
- 🧱 Poser les carreaux avec la colle adaptée
- 📐 Insérer les croisillons ou cales autonivelantes
- 🧽 Réaliser les joints et nettoyer la surface
La relation avec les clients compte tout autant. « J’accroche bien car souvent ce sont des femmes et ce sont elles qui choisissent la déco », dit-elle. La dimension esthétique du carrelage la passionne, et cela se ressent dans ses échanges.
Rachel ne rechigne pas devant la difficulté technique. Bien au contraire, elle la recherche. « Ce qui me plaît dans mon métier : le résultat, les finitions et le regard du client quand il découvre la pièce terminée », souligne-t-elle. Cette satisfaction finale justifie tous les efforts.
L’évolution des outils : des cales autonivelantes aux nouvelles techniques
Le matériel a beaucoup changé en 15 ans. Les cales autonivelantes ont révolutionné la pose au sol. « Les cales autonivelantes c’est génial. Nous avons gagné en facilité et rapidité », observe Rachel. Ces accessoires permettent d’aligner parfaitement les carreaux et d’éviter les défauts de niveau.
Malgré ces progrès, la manutention reste une part importante du travail. Rachel transporte des sacs de colle, des carreaux, des outils. « Avec l’âge, ça devient plus difficile mais on le fait. Il faut être robuste », explique cette femme aux cheveux rouges.
La décoration intérieure influence aussi le métier. Les formats de carreaux évoluent, les matières aussi. La carreleuse doit s’adapter à chaque projet.
Des chantiers variés à travers la Lorraine et au-delà
Basée à Rosières-aux-salines, Rachel intervient dans le Meurthe-et-Moselle et les Vosges. Ses chantiers vont de la simple rénovation de salle de bains à des créations plus ambitieuses. Chaque projet a ses contraintes et ses satisfactions.
Parmi ses plus belles réalisations, elle cite récemment « de l’hexagonal intégré à du parquet carrelage ». Un chantier complexe qui demandait une implantation fine et une grande rigueur. Elle adore aussi carreler les escaliers, un exercice délicat.
Son rêve : réaliser un trompe-l’œil. Cette technique artistique permettrait de pousser encore plus loin son expérience et sa maîtrise du matériau.
Son savoir-faire attire une clientèle locale et des particuliers en quête d’un travail soigné. Les avis la décrivent comme une professionnelle consciencieuse et disponible.
Un métier physique mais passionnant
Rachel Bourgatte le revendique : elle souhaite continuer jusqu’à la retraite. « Il maintient en forme et je le kiffe », affirme-t-elle. À 54 ans, elle trouve dans la pose de carrelage un équilibre entre effort physique, concentration et créativité.
Son parcours inspire une réflexion sur la place des femmes dans les métiers techniques du BTP. En France, l’artisanat reste encore majoritairement masculin, mais des parcours comme le sien montrent que la passion et la détermination priment sur les stéréotypes.
Dans un secteur où la main-d’œuvre manque, des profils comme Rachel Bourgatte sont précieux. Leur métier porte des valeurs de précision, de respect et de fierté du travail bien fait. Des valeurs qui donnent du sens à chaque chantier.

Rédactrice en chef de Travail Humanisme, diplômée du CELSA et d’un master de sociologie du travail. Passée par la presse économique et sociale, elle aime les enquêtes longues et les sujets sociaux contextualisés.