« Avec un cheval, la vérité s’impose » : le parcours de Nathalie, ex-sommelière parisienne, vers une nouvelle vie en harmonie avec les chevaux

« Avec un cheval, la vérité s’impose » : le parcours de Nathalie, ex-sommelière parisienne, vers une nouvelle vie en harmonie avec les chevaux

Nathalie Mallet, 38 ans, a troqué les caves parisiennes pour les vignes du Lot. Ex-sommelière à Paris, elle cultive aujourd’hui ses parcelles en traction animale, avec ses quatre chevaux. Une reconversion qui illustre un parcours guidé par l’épanouissement et une relation homme-cheval fondée sur la vérité.

De la sommellerie parisienne à la traction animale : une reconversion fulgurante

Rien ne prédestinait Nathalie à devenir meneuse de chevaux. Formée à Paris puis à l’étranger, cette sommelière passionnée vivait pour le vin. Le déclic survient fin novembre 2017, lors d’un salon viticole où elle donne un coup de main bénévole avec son compagnon de l’époque, lui-même vigneron.

Un déclic lors d’un salon viticole

Un ami présent sur place lui lance : « T’as pas pensé à travailler avec les chevaux dans les vignes ? » Il la sait cavalière depuis l’enfance. Sa réponse fuse : « Mais oui. » Le soir même, elle épluche les formations disponibles.

Le parcours administratif se révèle plus complexe. Elle attend un mois avant de s’inscrire à Pôle emploi. Sa conseillère se montre réticente. Nathalie arrive avec un dossier déjà ficelé : business plan complet, vignerons déjà démarchés. Elle obtient sa place en formation dès mars 2018.

Une formation intensive entre Aveyron et Lozère

Le cursus dure un an et débouche sur une certification « attelage et traction agricole ». L’essentiel se joue sur le terrain, en Lozère, auprès d’un instructeur passionné de chevaux de trait.

Pour choisir son premier animal, elle consulte un vieux meneur de mulets du Gers. Son conseil reste gravé : « Jeune meneur, vieux cheval. Tu ne te prends pas un jeune, il va te flinguer. » Nathalie achète deux juments mérens, avant l’arrivée d’Uluru, un cheval de trait breton qui deviendra son partenaire de travail.

Le cheval de travail : un choix écologique et économique pour les vignerons

Installée depuis février 2019 à Villesèque, dans le Lot, Nathalie ne possède pas les terres. En échange de la mise à disposition d’un domaine pour ses chevaux, elle travaille les vignes. Son credo : remplacer le tracteur par l'animal, sans détruire la vie souterraine.

Des sols vivants et des vignes plus résistantes

Contrairement à l’engin, le cheval ne tasse pas les strates du sol. Le microbiote et les vers de terre, qui vivent en surface, continuent de travailler la terre. Privée de repères superficiels, la vigne plonge ses racines plus profondément pour chercher eau et nutriments.

Sur les parcelles qu’elle travaille depuis près de sept ans, Nathalie observe un résultat net. L’été 2025, marqué par une chaleur extrême, a mis les vignes à rude épreuve. Les siennes ont mieux résisté que celles des parcelles voisines.

Convaincre les vignerons : un apprentissage mutuel

Les grands domaines se montrent encore réticents. Le passage du tracteur au cheval exige du temps et une remise en question. Nathalie travaille surtout avec des vignerons à taille humaine, attachés à l’histoire de leurs parcelles familiales.

Chaque nouvelle collaboration demande de la pédagogie. Elle explique, démontre, puis laisse parler les résultats. La terre ne ment pas, dit-elle.

La relation homme-cheval, un dialogue exigeant

Le cœur du métier de Nathalie reste la relation avec ses chevaux, quatre aujourd’hui. Elle décrit un dialogue purement corporel, sans place pour l’approximation. « On ne peut pas être menteur avec un cheval. Il va voir tout de suite si vous êtes sûr de vous. »

Hymir, l’alter ego, et Uluru, le formateur

Avec Hymir, qu’elle qualifie d’« alter ego », la communication fonctionne presque sans faille. Une harmonie rare qui repose sur des années d’observation. Avec Uluru, les débuts furent plus houleux. L’animal l’a même fait chuter, avant de devenir son plus exigeant professeur.

« Il m’a formée, je peux le dire », confie Nathalie. Uluru lui a appris à canaliser son propre stress avant chaque intervention. Si elle arrive tendue, il le détecte instantanément. La vérité s’impose, sans détour.

Un métier qui exige une présence totale

Travailler avec des chevaux impose une remise en question permanente. Pas de pause possible : l’animal perçoit chaque émotion, chaque hésitation. Cette exigence forge un caractère. Nathalie y trouve une profondeur qu’elle n’avait pas connue dans ses caves parisiennes.

Vivre de sa passion : diversification et nouveaux défis

Vivre de la traction animale seule reste un défi économique. Nathalie a lancé au printemps 2025 des balades en calèche dans les vignes, avec dégustation. La chaleur estivale limite désormais fortement la saison. « Ce serait criminel de faire sortir mes chevaux, ce n’est pas possible. »

La calèche dans les vignes, une activité saisonnière

Cette activité touristique plaît aux visiteurs en quête de sens. Elle permet de financer le travail de la vigne, mais reste tributaire de la météo. Nathalie réfléchit à des créneaux matinaux ou automnaux pour prolonger la saison.

  • 🐴 Deux juments mérens, adaptées aux pentes du causse
  • 🍇 Uluru, le trait breton, partenaire de travail infatigable
  • 🛠️ Hymir, l’alter ego, capable d’anticiper ses gestes
  • 🔥 Sam, un cheval sauvé, en cours de formation

Maréchal-ferrant, un métier en tension

Nathalie a repris une formation de maréchal-ferrant, un métier en forte demande dans la région. Elle cherche des équidés pour s’exercer, complétant ainsi ses revenus. Cette double casquette lui donne une indépendance précieuse.

Une philosophie de vie fondée sur la confiance

De ce parcours sinueux, Nathalie retire une conviction intacte, forgée depuis l’enfance : « Partir à l’aventure avec un cheval, et ne jamais transiger sur cette relation de confiance, qui ne s’achète pas avec un bonbon. » Cette phrase résume son épanouissement actuel.

Son histoire montre qu’une nouvelle vie est possible, même quand tout semblait tracé. La sommelière parisienne est devenue une femme de terrain, ancrée dans une nature exigeante. La vérité du cheval lui a ouvert un chemin qu’elle n’aurait jamais imaginé.

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